Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont que des relations et des fréquentations nouées à la faveur de quelque circonstance ou intérêt, qui font que nos âmes se tiennent entre elles. Mais, dans l'amitié dont je parle, elles se mêlent et se fondent l'une en l'autre par un mélange si total qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui; parce que c'était moi.
Il y a, au-delà de mon raisonnement et au-delà de ce que je peux en dire personnellement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant de nous être vus, et par des propos que nous entendions tenir l'un sur l'autre lesquels faisaient pour notre affection plus d'effet que n'en font raisonnablement les propos, je crois en fait par une sorte d'ordonnance du ciel; nous nous embrassions par nos noms. Et, lors de notre première rencontre, qui eut lieu par hasard au cours d'une grande fête d'assemblée municipale, nous nous découvrîmes si pris, si connus, si liés mutuellement que rien dès lors ne nous fut si proche à l'un que l'autre. Il écrivit en latin une excellente satire, qui est publiée, où il motive et explique la rapidité de notre entente, si vite parvenue à sa perfection. Ayant si peu de temps à durer, et ayant si tard commencé (nous étions tous deux des hommes faits, lui avec quelques années de plus), elle n'avait point à perdre de temps et à se régler sur le modèle des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions d'une longue communication préalable. Cette amitié-ci n'a point d'autre archétype que le sien, et ne peut être comparée qu'à elle-même. Ce n'est pas une considération particulière, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui, ayant saisi toute ma volonté, l'amena à se plonger et à se perdre dans la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté,  l'amena à se plonger et à se perdre en la mienne, avec une même faim, avec un même élan réciproque. Je dis « perdre » et c'est conforme à la vérité : nous ne nous réservions rien qui nous fût propre, ni qui fût ou à lui ou à moi.         (louise)

Par hurluberlue le Mardi 10 avril 2007 à 19:34
Louise, je vous aime.
 

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